dimanche 29 mai 2016

Dimanche 11 mai 1997 : Combe de Trémontagne - arrêt-gare de Tancua.

Je marche seul sur le GR 559 à partir de 9h30, au départ de la route forestière de Trémontagne.
A un croisement, le GR emprunte un large chemin qui descend vers la combe et la traverse en largeur. J'entre alors dans le parc naturel régional du Haut Jura.
Je m’élève vers un petit col et je m'engage alors en pente descendante dans le bois de la Joux Derrière. Par une route empierrée, je sors du bois et débouche sur le plateau du Grandvaux (dernière marche de l'escalier avant les hautes chaînes) : « C'est une grosse main qui s'est glissée si fort entre les hautes forêts qu'elle s'en est retournée vers le ciel », en dit l'acteur Jean-François Stevenin qui habite à Grande-Rivière.
Le plateau du Grandvaux a été déboisé par les moines de St-Claude. Ils ont dégagé les combes où la terre est profonde, propice à la culture : les prés. Ils ont installé les villages sur les espaces où affleurent les rochers : les chaux. Les toponymes en gardent la trace.
Je chemine au milieu des pâtures où paissent les montbéliardes. C'est le pays de la grande gentiane, l'une des plantes les plus représentatives du Haut Jura. Elle fleurit pour la première fois au bout de dix ans de végétation. Elle pousse en même temps et au même endroit que le véraire blanc, toxique et très dangereux. A cette époque, au stade de la rosette banale, la confusion est possible.
Après avoir franchi une ancienne moraine glaciaire, le GR atteint Les Bez, un hameau de la commune de Grande-Rivière, au bord du lac de l'Abbaye. Cette commune est répartie tout autour du lac en de multiples hameaux. Bordé de tourbières, le lac s'étend dans la combe, dans une végétation de pays nordiques, témoin des derniers glaciers.
Je traverse ce hameau, aux maisons grandvallières traditionnelles. Certaines sont couvertes de tavaillons (revê-tement d'écailles de bois à chevauchement), encore bien visibles sur les façades du côté sud où ils préservent le mur de la pluie. Malheureusement, de plus en plus, ils sont remplacés par de la tôle.
Le GR contourne maintenant le lac par le sud, passe à La Motte, longe le lac de l'Abbaye sur son flanc est. Il traverse les mornes bâtiments gris d'une scierie, exutoire des eaux du lac : elles tombent en chute dans une grotte pour ressortir en torrent à 30 km de là, à la résurgence de l'Enragé, à Molinges. Le GR atteint L'Abbaye-en-Grandvaux (880 m). C'est le centre historique du Grandvaux.
A l'origine, ce lieu était une île. En 523, l'abbaye était ceinturée d'un mur et on y accédait par un pont-levis. L'église de l'abbaye fut édifiée en 1450 sous l'égide de l'abbé de St-Claude. Le fossé comblé amena le site à son aspect actuel. Du monastère, il ne reste que l'église et le presbytère. Mais le village conserve un cachet tout à fait remarquable. Avec Mouthe, dans le Haut Doubs (cf. GR 5), c'est un des coins de France où il fait le plus froid. Le thermomètre y descend régulièrement à -30°. Malgré ces températures (ou à cause d'elles), le climat y est très sain*
En face de l'abbaye, le sentier s'élève à travers prés à l'assaut des hautes chaînes du Jura. Il entre dans le bois et rejoint bientôt, côtoyant une route revêtue, le hameau des Cernois (1060 m). J'y retrouve Viviane. Il est à peu près midi. Nous mangeons dans le Trafic sur une prairie. Temps variable qui se découvre.

Je poursuis ensuite sur la route puis j'emprunte le chemin Mandrillon. Je passe à côté d'un abri forestier, continue sur le chemin empierré dans la forêt de la Joux Devant. Je chemine sous le couvert jusqu'à une combe déboisée où se trouvent les ruines du chalet Maty. Je remonte la combe jusqu'au sommet. A partir de là, je commence à descendre vers la profonde vallée de la Bienne qui entaille le socle calcaire du Jura.
Je croise une route forestière et emprunte un sentier en pente très raide à flanc de montagne. Je débouche sur Tancua, village bâti tout en longueur sur le flanc ouest de la vallée. Ensuite le sentier passe dans les pâtures, en des lacets très raides, au milieu des troupeaux. Je « tombe » littéralement au-dessus de deux maisons, puis j'emprunte un sentier qui descend dans un petit bois jusqu'à la gare. Enfin... quand on dit gare, il s'agit, à côté d'une plate-forme déserte et d'un passage à niveau, d'un arrêt de la petite ligne de chemin de fer qui relie Saint-Claude, Morez et Mouchard, dans un cadre sauvage.
Viviane m'attend à cet endroit, en fin d'après-midi.

* Je ne sais pas encore que, dans un peu plus d'un an, je vais venir habiter dans le Grandvaux, à 6 km d'ici, à St-Laurent !

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